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Deepfake vidéo et « revenge porn » truqué

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    Admin
  • 19 déc. 2025
  • 9 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 4 jours

Enquête sur une nouvelle violence intime et les moyens d’y résister en 2025


Deepfake vidéo et « revenge porn »
Deepfake vidéo et « revenge porn »

En 2025, certaines violences commencent sans contact, sans rencontre, sans scène réelle. Elles naissent dans un fichier. Une image générée. Une vidéo fabriquée. Et pourtant, leurs effets sont bien réels : humiliation, peur, isolement, effondrement psychologique.


Le deepfake intime – ces images ou vidéos sexuelles falsifiées par intelligence artificielle à partir de visages réels – s’est imposé comme l’une des formes les plus brutales de cyber-violence contemporaine. Lorsqu’il est utilisé pour humilier, se venger, faire pression ou briser quelqu’un, il prend une forme particulièrement perverse : le revenge porn truqué.


Une violence qui ne repose plus sur des images volées, mais sur des images inventées.


Almendralejo : le jour où tout a basculé


À Almendralejo, en Espagne, à l’automne 2023, plusieurs adolescentes découvrent que des images sexuelles circulent avec leurs visages. Les corps ne sont pas les leurs. Les scènes n’ont jamais existé. Mais les visages sont reconnaissables, extraits de photos trouvées sur les réseaux sociaux.


L’enquête révélera que des garçons de leur âge ont utilisé des outils d’intelligence artificielle accessibles en ligne pour générer ces contenus. Certaines victimes avaient 13 ou 14 ans.Pour elles, la scolarité s’est brutalement arrêtée. Certaines n’ont plus remis les pieds en classe. Les familles ont parlé d’un choc « impossible à expliquer » : comment défendre un enfant quand ce qui circule est faux, mais que tout le monde le regarde comme si c’était vrai ?


Ce dossier a marqué l’Europe. Non pas parce qu’il était unique, mais parce qu’il révélait une réalité désormais banale : il n’est plus nécessaire d’avoir vécu une scène pour en être prisonnier.


Quand le faux suffit à détruire le réel


Les victimes le disent toutes : ce qui fait le plus mal, ce n’est pas l’image en elle-même. C’est ce qu’elle provoque.Le regard des autres. Les silences. Les rumeurs. Le doute.


Aux États-Unis, une lycéenne du Texas a vu une vidéo deepfake à son effigie circuler dans son établissement. Elle n’avait jamais envoyé la moindre image intime. Pourtant, les insultes ont commencé. Les signalements n’ont pas arrêté immédiatement la diffusion. Elle a fini par changer d’école. Plus tard, sa famille témoignera : « La vidéo était fausse, mais la souffrance était totale. »


Dans ces affaires, la vérité arrive toujours après le choc. Et souvent trop tard.


Le revenge porn sans images réelles


Le deepfake a profondément modifié la mécanique du revenge porn.Autrefois, cette violence reposait sur une relation passée, une confiance trahie, une image réellement partagée. Aujourd’hui, l’agresseur n’a plus besoin de rien de tout cela. Il fabrique.


En Australie, un homme a été condamné pour avoir utilisé des images deepfake afin de faire pression sur plusieurs femmes. À partir de photos publiques, il créait des contenus sexuels fictifs, puis menaçait de les envoyer à l’entourage.Certaines victimes ont paniqué. D’autres ont tenté de négocier. Toutes ont été marquées.


Ce dossier a mis en lumière une vérité dérangeante : le chantage fonctionne même quand l’image est fausse, parce qu’il s’appuie sur la peur sociale, pas sur la réalité.


C’est là le cœur du revenge porn truqué : punir sans preuve, dominer sans vérité.


Mineurs : une ligne rouge franchie


Des mineurs ciblés par des deepfakes.
Des mineurs ciblés par des deepfakes.

Depuis deux ans, les associations constatent une augmentation alarmante des dossiers impliquant des mineurs. Collégiennes, lycéennes, parfois très jeunes, ciblées par des deepfakes générés à partir de photos de classe ou de profils sociaux.


En France, plusieurs enquêtes ont été ouvertes après la diffusion de contenus deepfake visant des collégiennes. Les images ont d’abord circulé dans des groupes fermés, puis se sont propagées. Les établissements ont dû gérer l’urgence. Les familles parlent de nuits blanches, de crises d’angoisse, d’enfants qui refusent de sortir de leur chambre.


Quand une mineure apparaît dans un contenu sexuel, même généré, la violence est absolue. Le traumatisme est réel. Et la loi le reconnaît de plus en plus clairement.


Ce que dit le droit : la loi face à l’image falsifiée


la loi face à l’image falsifiée
la loi face à l’image falsifiée

Contrairement à une idée répandue, le deepfake intime n’évolue pas dans un vide juridique.


En France, plusieurs textes s’appliquent.Le Code pénal réprime la diffusion d’images à caractère sexuel sans consentement, même lorsque ces images sont truquées dès lors qu’elles portent atteinte à la dignité et à la vie privée. Les infractions de harcèlement, de chantage et de menaces sont également mobilisables.


Lorsque des mineurs sont concernés, la qualification change de gravité : la diffusion ou la fabrication de contenus sexuels représentant un mineur, même fictifs, peut relever des infractions liées aux images pédopornographiques, avec des peines lourdes.


La LCEN (Loi pour la Confiance dans l’Économie Numérique) impose aux hébergeurs une obligation de retrait rapide des contenus manifestement illicites dès qu’ils en ont connaissance. L’inaction engage leur responsabilité.


Le RGPD protège le droit à l’image et les données personnelles : un visage est une donnée personnelle. Son utilisation sans base légale, a fortiori dans un contexte humiliant, est illicite.


Au niveau européen, le Digital Services Act (DSA) renforce encore les obligations des plateformes : procédures de signalement effectives, retraits rapides, coopération avec les autorités. Le temps n’est plus une excuse.

Le message du droit est clair : le fait que l’image soit générée n’efface pas l’infraction.


Quand les plateformes tardent, le préjudice s’aggrave


Un point revient dans presque tous les dossiers : la lenteur.Chaque heure où une image reste en ligne multiplie les copies, les captures, les partages. Les réponses automatiques, les silences, les refus de retrait deviennent des facteurs de dommage.


La fermeture en 2025 du site MrDeepFakes, longtemps considéré comme l’un des plus grands hubs de deepfake pornographique non consensuel, a montré que la pression juridique fonctionne. Mais elle a aussi révélé la réalité du phénomène : les contenus se déplacent, se fragmentent, réapparaissent ailleurs.


Pour les victimes, cette course est épuisante. Elles ont besoin d’aide, pas de labyrinthes administratifs.


Comment les victimes peuvent faire face


Quand une victime découvre un deepfake ou un chantage, la sidération est immédiate. Beaucoup pensent d’abord : « Si je me tais, ça va s’arrêter. »C’est rarement le cas.


La première étape est humaine avant d’être juridique : ne pas rester seul. Parler à un proche, à un parent, à un adulte référent, à une association. Le silence protège l’agresseur, jamais la victime.


Ensuite vient le temps de la preuve. Même si c’est douloureux, conserver les liens, les messages, les captures, les dates est essentiel. Non pour se faire revivre l’agression, mais pour reprendre le contrôle.


Le signalement doit être multiple : plateformes, hébergeurs, moteurs de recherche. La loi impose des retraits rapides quand le caractère illicite est manifeste. Et quand les contenus persistent, la plainte permet d’activer d’autres leviers.


Dans les dossiers impliquant des mineurs, le signalement aux autorités compétentes est une urgence. La protection prime sur toute autre considération.


Enfin, il y a le temps long : le soutien psychologique, la reconstruction, la sortie de la honte. Car ce que vivent les victimes n’est pas une simple “crise numérique”. C’est une atteinte profonde à l’identité.


La honte n’est pas du bon côté


Presque toutes les victimes prononcent la même phrase : « J’ai honte. »C’est l’un des plus grands mensonges de cette violence.


Avoir un visage public n’est pas un consentement.Exister en ligne n’est pas une autorisation.


Et une image deepfake n’est jamais une faute de la personne visée.

La honte appartient à ceux qui fabriquent, diffusent, menacent, harcèlent. Pas à celles et ceux dont l’image a été volée.


Le rôle des associations de défense


Face à cette nouvelle violence, les associations jouent un rôle central.Elles ne sont pas là pour expliquer la technologie, mais pour accompagner les humains : aider à documenter, à faire retirer, à comprendre les recours, à tenir face à la pression, à reconstruire.


Elles rappellent aussi une vérité essentielle : le deepfake intime n’est pas un “dérapage” technique. C’est une agression. Et le revenge porn truqué est une stratégie de domination.


Une responsabilité collective


En 2025, la question n’est plus de savoir si ces violences existent. Elles sont là. La question est de savoir comment la société choisit d’y répondre.


Par le déni ?Par la lenteur ?Ou par la protection effective des victimes ?


Défendre les victimes aujourd’hui, c’est refuser que la technologie serve d’alibi à la cruauté. C’est affirmer que le faux peut faire autant de dégâts que le vrai, et que la dignité humaine ne se négocie pas.


Si vous êtes victime d’un deepfake, d’un chantage ou d’une humiliation numérique, une chose doit être dite clairement :ce que vous subissez est réel, même si l’image est fausse.


Et vous avez le droit à l’aide, au respect et à la justice.





Annexe juridique


Deepfake intime, revenge porn truqué et harcèlement en ligne


Ce que dit le droit – et comment l’utiliser quand on est victime


Cette annexe a un objectif clair : redonner du pouvoir aux victimes.Contrairement à ce que prétendent encore certains agresseurs ou plateformes, le deepfake intime n’est pas une “zone grise” juridique. Le droit existe. Il s’applique. Et il évolue rapidement.


1. Le deepfake intime n’échappe PAS au droit pénal


➤ Diffusion d’images sexuelles sans consentement

Article 226-2-1 du Code pénal (France)


La loi sanctionne le fait de diffuser, sans le consentement de la personne, des images ou vidéos à caractère sexuel la représentant, même lorsque ces images sont truquées, dès lors qu’elles portent atteinte à la dignité ou à la vie privée.


👉 Le caractère faux de l’image n’annule pas l’infraction.👉 Ce qui compte, c’est l’atteinte, pas l’authenticité.


Peines encourues :

  • jusqu’à 2 ans d’emprisonnement

  • 60 000 € d’amende


2. Revenge porn truqué = chantage + atteinte à la dignité


➤ Chantage

Article 312-10 du Code pénal


Dès lors qu’une personne menace de diffuser une image (réelle ou falsifiée) pour obtenir :

  • de l’argent

  • le silence

  • un comportement

  • des images supplémentaires


➡️ il s’agit de chantage, indépendamment de la véracité du contenu.


Peines encourues :

  • 5 ans d’emprisonnement

  • 75 000 € d’amende


3. Harcèlement en ligne : le deepfake comme outil


➤ Harcèlement moral par moyens numériques

Article 222-16-2-2 du Code pénal


Le fait de subir des messages, diffusions ou attaques répétées entraînant une dégradation des conditions de vie constitue un délit, même sans contact direct, même si les faits sont “partagés” par plusieurs personnes.

➡️ Le deepfake est ici un vecteur, un amplificateur du harcèlement.


Peines encourues :

  • jusqu’à 2 ans de prison

  • 30 000 € d’amende(peines aggravées si la victime est mineure)


4. Quand la victime est mineure : une ligne rouge absolue


Lorsqu’un mineur apparaît dans un contenu à caractère sexuel, même généré par IA, le droit bascule dans un régime pénal extrêmement grave.


➤ Images sexuelles impliquant un mineur

Article 227-23 du Code pénal


La fabrication, la diffusion ou la détention de contenus représentant un mineur à caractère sexuel est sévèrement réprimée, y compris lorsque les images sont artificielles, dès lors qu’un mineur est identifiable.


Peines encourues :

  • jusqu’à 7 ans d’emprisonnement

  • 100 000 € d’amende


👉 L’argument « c’est de l’IA » ne protège pas l’auteur.👉 La protection de l’enfance prime sur toute considération technique.


5. Responsabilité des plateformes et hébergeurs

➤ Loi pour la Confiance dans l’Économie Numérique (LCEN)


Article 6 – I – 2 et suivants

Les hébergeurs ont l’obligation de :

  • retirer rapidement un contenu manifestement illicite

  • dès qu’ils en ont connaissance effective


👉 Un deepfake sexuel non consenti, a fortiori impliquant un mineur, est manifestement illicite.


⚠️ En cas d’inaction après signalement, la responsabilité de l’hébergeur peut être engagée.


6. Le RGPD : le visage est une donnée personnelle

➤ Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD – UE)


Un visage identifiable est une donnée personnelle.Son utilisation :

  • sans consentement

  • sans base légale

  • dans un contexte humiliant ou préjudiciable

➡️ constitue un traitement illicite.


Les victimes peuvent invoquer :

  • le droit à l’effacement

  • le droit d’opposition

  • le droit à réparation


Et saisir :

  • la CNIL (France)

  • ou l’autorité équivalente dans l’UE


7. Le Digital Services Act (DSA) – Europe


Depuis l’entrée en vigueur du DSA, les plateformes ont des obligations renforcées :

  • procédures de signalement effectives

  • retraits rapides

  • prévention des abus répétés

  • protection spécifique des mineurs


👉 Le silence ou les réponses automatisées ne suffisent plus.👉 Le temps de réaction est désormais un facteur juridique.


8. Ce que les victimes peuvent faire concrètement (juridiquement)


Sans entrer dans des procédures complexes, le droit permet déjà d’agir :

  • Conserver les preuves (liens, captures, pseudos, dates)

  • Notifier formellement les plateformes (signalement + trace écrite)

  • Saisir l’hébergeur sur le fondement de la LCEN

  • Déposer plainte (même contre X)

  • Saisir une association de défense pour structurer le dossier


👉 Le droit ne demande pas à la victime de prouver que l’image est vraie.👉 Il demande de prouver l’atteinte et la diffusion.


9. La position juridique de notre association


Nous affirmons une chose essentielle :le deepfake intime est une violence, pas une curiosité technologique.


La loi reconnaît :

  • l’atteinte à la dignité

  • l’atteinte à la vie privée

  • le préjudice psychologique

  • la gravité aggravée lorsque des mineurs sont concernés


Notre rôle est d’aider les victimes à activer ces leviers, à faire face aux plateformes, et à ne pas rester seules face à un système qui va trop lentement.

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